samedi 31 mars 2012

Conte de la campagne




Il était une fois un souverain fort sot et mal léché qui n’aimait rien tant que ripailler avec sa gentilhommerie et faire la giguedouille en assemblée. Sentant venir sa déchéance prochaine, il fit mander le Grand Chambellan ainsi que les fidèles conseillers et courtisans obséquieux de son ost, et leur tint à peu près ce langage.

- Je vous ai réuni en notre castel car d’aucuns me disent que notre peuple, ce ramassis d’imbéciles couards et crédules, ne m’aime plus, ne croit plus en moi et ne songe qu’à me détrôner. Que me faut-il donc faire pour échapper à cette disgrâce ?

Jean-Luc Mélenchon redonne à la gauche sa dignité

Jean-Luc Mélenchon (652)
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La percée de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages indique une tendance lourde et reflète un rapport de forces nouveau. Le Front de gauche est en train de s’installer dans le paysage politique. Ce mouvement s’enracine car il articule aux yeux des électeurs deux caractéristiques essentielles de la gauche historique : la crédibilité et la radicalité. Que ce succès tienne beaucoup aux qualités intellectuelles et oratoires du député européen ne fait aucun doute. Mélenchon a des convictions qu’il défend avec pugnacité et une vision politique qui est cohérente. Ceux qui, au PS ou à droite, feignaient de voir chez lui un « populiste » de second ordre en sont aujourd’hui pour leurs frais. Mélenchon est plus qu’une révélation. Il est devenu la figure de référence de la gauche française.

256ème semaine de Sarkofrance: Sarkozy avait oublié le chômage



Plus qu'un mois avant le premier tour. Les esprits s'échauffent. Nous sortions d'une séquence sécuritaire que Nicolas Sarkozy voulait prolonger, un drame à Toulouse qui plaisait à nombre de soutiens du candidat sortant. Ce dernier exultait: « Je vais gagner ! Ce sont tous des nuls !». Son bilan restait boulet. Son programme restait inconnu. Sarkozy restait Sarkozy.

Nicolas Sarkozy voulait croire que quelques milliards de déficits en moins feraient oublier la progression continue du chômage et de la précarité. On lui avait agrandi les épaulettes sur ses costumes, il luisait souvent, souriait toujours, clamait contre une élite qui ressemblait à la sienne.

Il ne restait que 20 jours ou presque avant le premier tour.

L’école : une machine à trier


Le niveau global d’éducation s’est amélioré en France mais en revanche nous sommes toujours dans le peloton de tête des pays de l’OCDE, voire les premiers, pour l’inégalité et l’élitisme que sécrète notre système scolaire. Le point de vue de Pierre Cahuc , Stéphane Carcillo , Olivier Galland et André Zylberberg. Extrait de "La machine à trier".


« Le niveau monte mais les écarts se creusent » écrivaient Christian Baudelot et Roger Establet en 1989. Depuis lors, le niveau a encore monté mais les écarts se sont encore creusés. Le niveau global d’éducation s’est effectivement amélioré en France, mais guère plus que dans les pays de l’OCDE comparables. La plupart des comparaisons internationales nous situent dans une zone moyenne. En revanche, nous sommes toujours dans le peloton de tête, voire les premiers, pour l’inégalité et l’élitisme que sécrète notre système scolaire. (…)

Gérard Lecointe, de la reconquête de soi au combat pour la dignité

Gérard Lecointe, 63 ans, n’aime pas le terme de « SDF », parce que « cela réduit l’homme à sa misère ». Après avoir vécu les épreuves de l’errance, allant jusqu’à vivre en forêt pour ne plus avoir à supporter le regard de l’autre, il est « sorti du néant » grâce à ATD Quart Monde. Engagé dans le mouvement, il s’est fait porte-parole de ceux à qui on ne la donne pas.


© Matthieu Millecamps

Une salle du local d’ATD Quart Monde à Ermont, près de Cergy Pontoise. Il est là, massif, ses grandes mains posées sur la table. On ne s’aperçoit pas d’abord des blessures que son parcours d’errances a laissé sur ce corps si imposant. Seuls ses yeux, cachés derrière d’épaisses lunettes, trahissent les épreuves qu’il a traversées.

Mais quand son regard plonge dans celui de son interlocuteur, c’est avec une rare intensité. Il ne juge pas, il jauge. A 63 ans, Gérard Lecointe, le jugement, il le laisse à d’autres. A ceux dont les mots, lorsqu’il les répète aujourd’hui, le font encore trembler de colère. « Alors l’épave, t’es encore là ? Dégage ! Tu pues ! Tu me dégoutes ! » On ne peut pas s’imaginer ce que ça fait d’entendre ça ». Il les a haï, ces juges, parce que le verdict de l’exclusion « c’est pire que les Assises ». Mais cette haine, il est parvenu à la surmonter. « Grâce à ATD, j’ai compris que cette haine me détruisait », glisse-t-il. Mais cette reconquête a pris du temps.

"Phénomène" Mélenchon: et la rivière est un fleuve...

Le Front de gauche est une force sans mur ni barrière : pourquoi lui fixer des limites ?





«La rivière est sortie de son lit et, quoi qu’il arrive, elle n’y rentrera pas de sitôt.» Nous n’exprimerons pas mieux que Jean-Luc Mélenchon lui-même ce que nous ressentions, mardi soir, après le meeting géant du Front de gauche, à Lille. Ceux qui, connaissant la topographie des lieux, ont vu cette foule investir le Grand Palais, n’en finiront pas de raconter la joyeuse ampleur de cet événement populaire et l’empreinte qu’il laissera lorsque nous aurons tous le même appétit pour tenir ouvert le registre de la mémoire. Des milliers de personnes agglutinées à l’intérieur et à l’extérieur d’une salle qui n’en était plus une, débordant sur les parvis, dans les rues, dépassant en nombre l’imagination des organisateurs eux-mêmes, stupéfiant jusqu’aux policiers présents sur place, contraints, par la force des choses, d’admettre qu’il y avait au moins «20.000 personnes»… Vous avez bien lu.

vendredi 30 mars 2012

Sarko drague les vieux



La revalorisation du minimum vieillesse et des pensions de retraite au 1er avril tombe à point nommé.


Les «seniors» sont la catégorie la plus votante du pays. «La France est certes divisée entre gauche et droite, mais elle l’est aussi entre moins de 50 ans et plus de 50 ans», écrit Hervé Nathan. En effet, selon l'Insee, les plus de 50 ans représentent près de 37% de la population, contre 40% pour les 18-49 ans et 23% chez les mineurs. En période électorale, les «seniors» sont donc fort courtisés et les candidats rivalisent de propositions en leur faveur, souvent aux dépens des plus jeunes.

La crise est toujours là, la preuve par 4

29M - Vaga general
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Un vent d’optimisme souffle brusquement sur l’Europe. Les uns après les autres, les responsables européens se relaient pour passer le message : la crise de la zone euro est finie, entonnent-ils tous en chœur. Hésitant juste encore un peu avant de reprendre les paroles d’Albert Préjean en 1934 « La crise est finie, la crise est finie ! Nous vivons dans l’âge d’or (…) Nous nageons dans le bonheur! »




C’est Nicolas Sarkozy qui le premier s'est saisi le premier de cet air nouveau en excluant l’économie, le social et la crise de sa campagne, jugeant ces sujets comme trop dangereux. « La crise financière est terminée. Il reste à traiter la crise économique », avait-il d’abord annoncé fin février. Aujourd’hui, il est encore plus affirmatif : « La crise est finie. Nous sommes en phase de reprise économique », a-t-il assuré, il y a deux jours. Le président de la BCE, Mario Draghi, lui a emboîté le pas : « Le pire est passé. La confiance des investisseurs revient et la BCE n'a pas eu à acheter d'obligations souveraines depuis des semaines pour les soutenir », a-t-il soulignédans un entretien au quotidien allemand Bild. Même le premier ministre italien Mario Monti, qui samedi encore s’inquiétait de la situation de l’Espagne, s’est finalement rallié à l’entrain général. « Les malheurs de la zone euro sont presque terminés », a-t-il dit lors d’un voyage au Japon.

Le financement fantôme de l'appartement de Sarkozy



Nicolas Sarkozy est donc à la tête d’un patrimoine de 2,7 millions d’euros, selon sa déclaration faite au Conseil constitutionnel, publiée au Journal officiel samedi 24 mars. Une bonne partie de ce patrimoine résulte de la vente en 2006, contre 1,933 million d’euros, d’un duplex de 216 m2 acquis en 1997 avec Cécilia Sarkozy sur l’île de la Jatte, une superbe oasis face au quartier d'affaires de la Défense.

Mais ce sont les conditions d’achat de ce bien qui restent floues. Avec quel argent l’appartement a-t-il été financé ? À l'issue de notre enquête, il apparaît que plus de 3 millions de francs restent d'origine inconnue. En dépit de plusieurs relances, le président de la République n’a pas répondu à nos questions. Valentine Oberti, envoyée spéciale de Mediapart, a tenté d'interroger Nicolas Sarkozy à l’occasion de son déplacement dans le Gard ce 29 mars. Le président pose la main sur la caméra pour l’empêcher de filmer. Puis Valentine Oberti se fait écarter par le service d’ordre. Une telle absence de transparence renforce les doutes sur cette transaction.

jeudi 29 mars 2012

Femmes d’Europe, solidarité avec les femmes grecques !


Entretien avec Sonia Mitralias, membre fondatrice de l’Initiative des femmes grecques contre la dette et les mesures d’austérité, ainsi que du Comité grec contre la dette.


L’Initiative des femmes grecques contre la dette et les mesures d’austérité a fait sa première apparition publique le 8 mars 2011, pour la journée internationale des femmes. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre cette initiative ?

D’abord, c’est le fait que ceux qui composent la tristement célèbre Troïka, c’est-à-dire le FMI, la Banque centrale européenne et la Commission européenne, nous imposent des mesures et des politiques qui non seulement appauvrissent mais aussi détruisent la société grecque. Ces mesures, encore tout à fait inimaginables hier, constituent un tournant historique dans l’histoire de l’Europe contemporaine. Elles préfigurent désormais notre destin à toutes et tous en Europe. Leurs conséquences ? La vie dans la pauvreté absolue, le chômage, la violence et l’angoisse constante pour la survie.

mercredi 28 mars 2012

Sarkozy: des millions et des affaires.



Pendant la campagne, le vacarme continue. Nous entamions notre seconde semaine de campagne officielle, avec 10 candidats et une égalité de temps de parole dans les médias radio et télévisuels. Certains espéraient que cela ferait la différence. L'équipe Sarkozy voulait surfer sur le drame de Toulouse. Nous avions d'autres sujets, d'affaires à commenter.


Plusieurs informations, apparemment sans rapport, avaient été révélées la semaine dernière, et pourraient affecter le sort judiciaire de Nicolas Sarkozy et de certains proches dans les mois à venir.

mardi 27 mars 2012

Nicolas Sarkozy, le matamore du social


La trêve de Toulouse est terminée. C'est du moins ce qu'espèrent les candidats de gauche à la présidentielle. A un mois du premier tour, ils aimeraient bien revenir aux enjeux économiques et sociaux, à commencer par le pouvoir d'achat et le chômage qui poursuit sa progression, comme sont venus le rappeler les derniers chiffres de Pôle emploi publiés ce lundi.

En 2007, le candidat de l'UMP avait proposé un programme social cohérent, fondé sur la réhabilitation du travail, la promotion du mérite ou le rêve d'une France de propriétaires. Cinq ans et une crise plus tard, il affiche un bien maigre bilan. « C'est sur l'examen des questions sociales que les Français doivent voter », affirme le porte-parole du PS, Benoît Hamon, pour qui la progression du chômage est le « naufrage du quinquennat qui s'achève ».

Sarkozy : quand c’est cassé, c’est cassé


Armoire électrique du Phare des Baleines, Ile de Ré - © Razak

Overdose de sondages, ce poison insidieux qui transforme en profondeur une campagne. Si les sondages sont un outil, ils devraient le rester. Malheureusement ça n’est pas le cas. Et le dernier sondage de l’IFOP qui place désormais François Hollande à deux points derrière Nicolas Sarkozy ( 26,5 contre 28,5 ) illustre parfaitement cette illusion d’optique qui est entrain lentement et sûrement de s’installer et qu’il est du devoir de chacun de combattre. Car les faits sont têtus.

Si Hollande recule, de 0,5 % ce qui est infime, Jean-Luc Mélenchon monte d’1 point (13 %) et il faudra m’expliquer comment et pourquoi l’électorat du front de gauche ne se reportera pas comme un seul homme sur le candidat socialiste au second tour face à Nicolas Sarkozy. À moins d’être nihiliste ou suicidaire, je ne vois pas.

Chômage de février : les dessous d'une «hausse modérée»



Avec les chômeurs en activité réduite, on ne compte pas 6.200 mais 20.400 nouveaux inscrits. Et cette «baisse de la hausse» n'est pas du tout «tendancielle».

Depuis la crise financière de 2008, l'officielle catégorie A s'est gonflée de 730.000 personnes (+34%). Après une fausse accalmie fin 2010, le chômage a repris du poil de la bête et le pire est à venir, estiment nombre d'économistes. Les embauches reculent, l'intérim dégringole, et nombre de plans sociaux devraient fleurir après les élections...

lundi 26 mars 2012

La France, ce paradis fiscal inconnu




Ils vont partir ! Depuis plusieurs semaines, les conseillers fiscaux multiplient les alertes et les avertissements : les familles fortunées françaises sont sur le chemin de l’exil fiscal. Les dernières annonces de la campagne électorale ne peuvent que les pousser à abandonner la France : d’un côté, François Hollande propose de taxer à 75 % les revenus supérieurs à un million d’euros, de l’autre, sur le modèle des États-Unis, Nicolas Sarkozy veut créer un impôt sur les revenus du capital pour les exilés fiscaux, en leur demandant de s'acquitter auprès du fisc français de la différence entre l'impôt payé à l'étranger et ce qu'ils auraient eu à verser en France. Comment ne pas percevoir cela comme une déclaration de guerre contre les riches ?, dénoncent, les uns après les autres, les experts fiscaux.

Entre fait divers et fait de société, les rapaces entrent en campagne



« Niveau écarlate », « vigipirate », « massacre », « terrorisme », « morts », « juifs », « fusillade », voilà les mots-clés qui vont faire sensation sur internet dans les jours qui viennent… Quelle pitié ! alors que l’horreur a encore frappé ces derniers jours après les meurtres de militaires qu’on dit « maghrébins » et celui de personnes innocentes qu’on dit « juives », nos bons politiciens, comme leurs complices journalistes, se jettent tous ensemble, comme des oiseaux nécrophages, dans la bataille de récupération, d’instrumentalisation qui suit d’ordinaire les faits divers à l’approche d’échéances électorales… Ils disent ne pas vouloir d’un « nouveau Carpentras » bien sûr, mais ils ont tout de même sorti aussitôt leurs larmes les plus chaudes, plaignant les familles et promettant des sanctions. Chacun ira bien entendu de sa proposition de loi pour lutter contre ces violences (lorsqu’il sera élu) dont on nous dit un jour qu’elles se font plus rares et un autre qu’elle se font plus nombreuses…

dimanche 25 mars 2012

Immigration, expulsions: «Cette France-là» évalue les préfets



Que vont-ils devenir ? Non pas les sans-papiers interpellés, enfermés et expulsés, mais les préfets qui ont décidé de leur sort et ont fait preuve d’un zèle particulier au cours du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

En cas d’élection à la présidence de la République, François Hollande, le candidat du PS, a prévenu qu’il allait « remettre l’État républicain à sa place », en référence aux hauts fonctionnaires « liés » à l’« État UMP ». « Aucun de ceux qui aujourd’hui exercent des responsabilités et qui sont loyaux n’ont à s’inquiéter, mais, en revanche, ceux qui sont liés à ce système auront forcément à laisser la place à d’autres », a-t-il insisté le 19 février 2012. En réaction, le président-candidat, Nicolas Sarkozy, a crié à l’épuration allumant un contre-feu aux huées qui l’ont accompagné lors de son déplacement à Bayonne.

samedi 24 mars 2012

La politique de la peur



L’affaire Mohamed Merah est un fiasco pour le pouvoir en place. Fiasco de sa politique sécuritaire comme de sa politique tout court : la première impuissante à prévenir la dérive d’un déséquilibré connu de ses services policiers, la seconde incapable de mobiliser les alertes des diverses administrations qui l’avaient croisé. Plus essentiellement, c’est un fiasco de cette politique de la peur qui distingue le sarkozysme, dont la virulence angoissante masque la profonde inefficacité.

Ni rire ni pleurer, mais comprendre. Enoncée par Baruch Spinoza, cette exigence est celle de la raison. C’est celle de l’esprit des Lumières et de l’humanisme de la Renaissance. Celle d’une pensée qui ne cède pas aux passions tristes de la haine et de la violence. Face à des actes terrifiants comme ceux de Mohamed Merah qui, a priori, nous semblent incompréhensibles tellement ils blessent notre humanité, comprendre ne signifie évidemment pas excuser, mais apprendre pour faire en sorte que cela ne se reproduise pas. Apprendre pour prévenir. Apprendre, y compris de l’inhumanité de l’homme.

"Des Bastilles à prendre" Lettre à tous ceux qui ne savent pas pour qui voter



Je réponds à une lectrice de mon précédent billet qui me dit avoir des difficultés à convaincre autour d’elle pour qui voter ; elle sait bien ce qu’elle combat, mais moins ce qu’elle voudrait défendre.

Chère Hélène,

Sur ton message, tu me dis croiser au fin fond de la campagne des gens de peu mais qui ne savent pour qui voter.

Aux gens d’ici, on ne peut plus raconter d’histoires.

L’Europe ne fait plus rêver personne de censé et la France Forte n’ a jamais été aussi faible.

Moi, je le sais, je vais voter Mélenchon.

Parce que : Quelle est l’affaire aujourd’hui ?

Mediapart 2012 - Le grand entretien avec Jean-Luc Mélenchon



Le candidat du Front de gauche à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, était vendredi soir l'invité de Mediapart 2012. Plus de deux heures et demie d'émission face aux journalistes de Mediapart... Ci-dessus, la vidéo intégrale. Ci-dessous, un découpage par thématique.