lundi 11 juillet 2011

11 juillet 1892, exécution de Ravachol à Montbrison

« Si tu veux être heu­reux, nom de dieu !
Pends ton pro­prié­taire,
Coupe les curés en deux, nom de dieu !
Fous les églises par terre.. »


Chanté par Ravachol avant de passer sur l’échafaud...


François Koënigstein-Ravachol est né le 14 octo­bre 1859 à Saint-Chamond et mort guillo­tiné le 11 juillet 1892 à Montbrison.


Déclaration de Ravachol

Ce texte clair, que Ravachol avait écrit pour son procès à Montbrison, le 21 juin 1892, est devenu une réfé­rence. D’ailleurs, au bout de quel­ques paro­les, les juges lui ont inter­dit de le décla­mer. [1]
Si je prends la parole, ce n’est pas pour me défen­dre des actes dont on m’accuse, car seule la société, qui par son orga­ni­sa­tion met les hommes en lutte conti­nuelle les uns contre les autres, est res­pon­sa­ble.
En effet, ne voit-on pas aujourd’hui dans toutes les clas­ses et dans toutes les fonc­tions des per­son­nes qui dési­rent, je ne dirai pas la mort, parce que cela sonne mal à l’oreille, mais le mal­heur de leurs sem­bla­bles, si cela peut leur pro­cu­rer des avan­ta­ges. Exemple : un patron ne fait-il pas des vœux pour voir un concur­rent dis­pa­raî­tre ; tous les com­mer­çants en géné­ral ne vou­draient-ils pas, et cela réci­pro­que­ment, être seuls à jouir des avan­ta­ges que peut rap­por­ter ce genre d’occu­pa­tions ? L’ouvrier sans emploi ne sou­haite-t-il pas, pour obte­nir du tra­vail, que pour un motif quel­conque celui qui est occupé soit rejeté de l’ate­lier ? Eh bien, dans une société où de pareils faits se pro­dui­sent on n’a pas à être sur­pris des actes dans le genre de ceux qu’on me repro­che, qui ne sont que la consé­quence logi­que de la lutte pour l’exis­tence que se font les hommes qui, pour vivre, sont obli­gés d’employer toute espèce de moyen.
Et, puis­que chacun est pour soi, celui qui est dans la néces­sité n’en est-il pas réduit a penser :
« Eh bien, puisqu’il en est ainsi, je n’ai pas à hési­ter, lors­que j’ai faim, à employer les moyens qui sont à ma dis­po­si­tion, au risque de faire des vic­ti­mes ! Les patrons, lorsqu’ils ren­voient des ouvriers, s’inquiè­tent-ils s’ils vont mourir de faim ? Tous ceux qui ont du super­flu s’occu­pent-ils s’il y a des gens qui man­quent des choses néces­sai­res ? »
Il y en a bien quel­ques-uns qui don­nent des secours, mais ils sont impuis­sants à sou­la­ger tous ceux qui sont dans la néces­sité et qui mour­ront pré­ma­tu­ré­ment par suite des pri­va­tions de toutes sortes, ou volon­tai­re­ment par les sui­ci­des de tous genres pour mettre fin à une exis­tence misé­ra­ble et ne pas avoir à sup­por­ter les rigueurs de la faim, les hontes et les humi­lia­tions sans nombre, et sans espoir de les voir finir. Ainsi ils ont la famille Hayem et le femme Souhain qui a donné la mort à ses enfants pour ne pas les voir plus long­temps souf­frir, et toutes les femmes qui, dans la crainte de ne pas pou­voir nour­rir un enfant, n’hési­tent pas à com­pro­met­tre leur santé et leur vie en détrui­sant dans leur sein le fruit de leurs amours. Et toutes ces choses se pas­sent au milieu de l’abon­dance de toutes espè­ces de pro­duits ! On com­pren­drait que cela ait lieu dans un pays où les pro­duits sont rares, où il y a la famine.
Mais en France, où règne l’abon­dance, où les bou­che­ries sont bon­dées de viande, les bou­lan­ge­ries de pain, où les vête­ments, la chaus­sure sont entas­sés dans les maga­sins, où il y a des loge­ments inoc­cu­pés !

Comment admet­tre que tout est bien dans la société, quand le contraire se voit d’une façon aussi claire ?

Il y a bien des gens qui plain­dront toutes ces vic­ti­mes, mais qui vous diront qu’ils n’y peu­vent rien.

Que chacun se débrouille comme il peut !
Que peut-il faire celui qui manque du néces­saire en tra­vaillant, s’il vient à chômer ? Il n’a qu’à se lais­ser mourir de faim. Alors on jet­tera quel­ques paro­les de pitié sur son cada­vre.
C’est ce que j’ai voulu lais­ser à d’autres. J’ai pré­féré me faire contre­ban­dier, faux mon­nayeur, voleur, meur­trier et assas­sin. J’aurais pu men­dier : c’est dégra­dant et lâche et c’est même puni par vos lois qui font un délit de la misère. Si tous les néces­si­teux, au lieu d’atten­dre, pre­naient où il y a et par n’importe quel moyen, les satis­faits com­pren­draient peut-être plus vite qu’il y a danger à vou­loir consa­crer l’état social actuel, où l’inquié­tude est per­ma­nente et la vie mena­cée à chaque ins­tant.
On finira sans doute plus vite par com­pren­dre que les anar­chis­tes ont raison lorsqu’ils disent que pour avoir la tran­quillité morale et phy­si­que, il faut détruire les causes qui engen­drent les crimes et les cri­mi­nels : ce n’est pas en sup­pri­mant celui qui, plutôt que de mourir d’une mort lente par suite des pri­va­tions qu’il a eues et aurait à sup­por­ter, sans espoir de les voir finir, pré­fère, s’il a un peu d’énergie, pren­dre vio­lem­ment ce qui peut lui assu­rer le bien-être, même au risque de sa mort qui ne peut être qu’un terme à ses souf­fran­ces.
Voilà pour­quoi j’ai commis les actes que l’on me repro­che et qui ne sont que la consé­quence logi­que de l’état bar­bare d’une société qui ne fait qu’aug­men­ter le nombre de ses vic­ti­mes par la rigueur de ses lois qui sévis­sent contre les effets sans jamais tou­cher aux causes ; on dit qu’il faut être cruel pour donner la mort à son sem­bla­ble, mais ceux qui par­lent ainsi ne voient pas qu’on ne s’y résout que pour l’éviter soi-même.
De même, vous, mes­sieurs les jurés, qui, sans doute, allez me condam­ner à la peine de mort, parce que vous croi­rez que c’est une néces­sité et que ma dis­pa­ri­tion sera une satis­fac­tion pour vous qui avez hor­reur de voir couler le sang humain, mais qui, lors­que vous croi­rez qu’il sera utile de le verser pour assu­rer la sécu­rité de votre exis­tence, n’hési­te­rez pas plus que moi à le faire, avec cette dif­fé­rence que vous le ferez sans courir aucun danger, tandis que, au contraire, moi j’agis­sais aux risque et péril de ma liberté et de ma vie.

Eh bien, mes­sieurs, il n’y a plus de cri­mi­nels à juger, mais les causes du crime a détruire. En créant les arti­cles du Code, les légis­la­teurs ont oublié qu’ils n’atta­quaient pas les causes mais sim­ple­ment les effets, et qu’alors ils ne détrui­saient aucu­ne­ment le crime ; en vérité, les causes exis­tant, tou­jours les effets en décou­le­ront. Toujours il y aura des cri­mi­nels, car aujourd’hui vous en détrui­sez un, demain il y en aura dix qui naî­tront.
Que faut-il alors ? Détruire la misère, ce germe de crime, en assu­rant à chacun la satis­fac­tion de tous les besoins ! Et com­bien cela est facile à réa­li­ser ! Il suf­fi­rait d’établir la société sur de nou­vel­les bases où tout serait en commun, et où chacun, pro­dui­sant selon ses apti­tu­des et ses forces, pour­rait consom­mer selon ses besoins.
Alors on ne verra plus des gens comme l’ermite de Notre-Dame-de-Grâce et autres men­dier un métal dont ils devien­nent les escla­ves et les vic­ti­mes ! On ne verra plus les femmes céder leurs appas, comme une vul­gaire mar­chan­dise, en échange de ce même métal qui nous empê­che bien sou­vent de reconnaî­tre si l’affec­tion est vrai­ment sin­cère. On ne verra plus des hommes comme Pranzini, Prado, Berland, Anastay et autres qui, tou­jours pour avoir de ce métal, en arri­vent à donner la mort ! Cela démon­tre clai­re­ment que la cause de tous les crimes est tou­jours la même et qu’il faut vrai­ment être insensé pour ne pas la voir.
Oui, je le répète : c’est la société qui fait les cri­mi­nels, et vous jurés, au lieu de les frap­per, vous devriez employer votre intel­li­gence et vos forces à trans­for­mer la société. Du coup, vous sup­pri­me­riez tous les crimes ; et votre œuvre, en s’atta­quant aux causes, serait plus grande et plus féconde que n’est votre jus­tice qui s’amoin­drit à punir les effets.
Je ne suis qu’un ouvrier sans ins­truc­tion ; mais parce que j’ai vécu l’exis­tence des misé­reux, je sens mieux qu’un riche bour­geois l’ini­quité de vos lois répres­si­ves. Où prenez-vous le droit de tuer ou d’enfer­mer un homme qui, mis sur terre avec la néces­sité de vivre, s’est vu dans la néces­sité de pren­dre ce dont il man­quait pour se nour­rir ? J’ai tra­vaillé pour vivre et faire vivre les miens ; tant que ni moi ni les miens n’avons pas trop souf­fert, je suis resté ce que vous appe­lez hon­nête. Puis le tra­vail a manqué, et avec le chô­mage est venue la faim. C’est alors que cette grande loi de la nature, cette voix impé­rieuse qui n’admet pas de répli­que, l’ins­tinct de la conser­va­tion, me poussa à com­met­tre cer­tains des crimes et délits que vous me repro­chez et dont je reconnais être l’auteur.
Jugez-moi, mes­sieurs les jurés, mais si vous m’avez com­pris, en me jugeant jugez tous les mal­heu­reux dont la misère, alliée à la fierté natu­relle, a fait des cri­mi­nels, et dont la richesse, dont l’aisance même aurait fait des hon­nê­tes gens !
Une société intel­li­gente en aurait fait des gens comme tout le monde !
Ravachol

 

Ses jeunes années misèreuses à Saint Chamond

Le 14 Octobre 1859, François Koënigstein-Ravachol naît à Saint Chamond. Sa mère, Marie Ravachol est native du pays, son père Jan Koenigstein est Hollandais, émigré dans le Forez un an plus tôt. Parmi les aieux du jeune Ravachol, on peut noter Henri et Louis Koënigstein qui appar­te­naient à une bande de dan­ge­reux bri­gands, les « Bokkenrijders » ou « Chevaliers du bouc », pendus pour vols et meur­tres en Hollande vers 1750. Sa mère était mou­li­nière en soie, et son père était lami­neur aux Forges d’Isieux. Celui-ci était vio­lent avec elle et l’aban­donna avec quatre enfants, dont le plus jeune avait trois mois. Il s’en alla dans son pays, mais comme il était atteint d’une mala­die de poi­trine, il suc­comba au bout d’un an.
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Maisons anciennes de Saint Chamond au bord du Gier
Le petit François a été élevé en nour­rice jusqu’à l’âge de trois ans et placé à l’hos­pice jusqu’à l’âge de six ou sept ans. Dès huit ans, pour rap­por­ter un peu d’argent à sa mère, il se met à tra­vailler comme berger dans les monts du Pilat, où les hivers furent rudes, puis chez des pay­sans à s’occu­per des bêtes, et chez des entre­pre­neurs des envi­rons, à faire des fuseaux, trier le char­bon, tour­ner la roue d’un cor­dier, frap­per des rivets. Le salaire et les condi­tions de tra­vail sont misé­ra­bles. Ensuite, il se fait exploi­ter dans l’indus­trie du sec­teur, la tein­tu­re­rie, au sein de la maison Puteau et Richard, à Saint Chamond, comme apprenti pen­dant trois ans, où on le frus­tre en refu­sant de lui déli­vrer les « secrets » du métier.

 

L’ouvrier militant

Devenu ouvrier tein­tu­rier, quand il a seize ans, il se fait embau­cher dans dif­fé­rents établissements de tein­tu­re­rie de Saint Chamond et Saint Etienne, où il gagne un salaire de misère. Les condi­tions de tra­vail étant très péni­bles et refu­sant les injus­ti­ces socia­les, il se fait ren­voyer plu­sieurs fois pour avoir fait remar­quer que la légis­la­tion n’était pas appli­quée ou pour avoir fait la grève avec d’autres ouvriers.
Il a un gros cha­grin lorsqu’il perd une de ses soeurs. Lors d’une grève, il décide, avec un de ses col­lè­gues, de partir de nuit à pied à Lyon. Harassé, à Grigny, après un casse-croûte au café de la tour, il prend le train pour Perrache. A Lyon, tous les deux se font embau­cher au noir dans une tein­tu­re­rie de soie située montée de la Butte. Comme leurs col­lè­gues de Saint Chamond n’ont rien obtenu après la grève, ne vou­lant pas céder à la volonté des patrons, ils déci­dent de rester sur Lyon et trou­vent un autre boulot, tou­jours au noir, à la maison Coron, rue Godefroy, une tein­tu­re­rie en cou­leurs du quar­tier Morand.
Mais l’emploi au noir cela ne fonc­tionne pas long­temps, et sans tra­vail, François retourne chez sa mère. Là, il est très déçu que son amour de jeu­nesse, une fille de Saint Chamond, qui venait même le voir à Lyon, décide de se marier avec le fils de son patron. Malgré sa peine, il fait tout pour se faire embau­cher et trouve un job de manoeu­vre dans la métal­lur­gie, puis dans une tein­tu­re­rie de sa ville natale, où il a déjà la répu­ta­tion d’être prompt à la bagarre et de ne pas vou­loir se lais­ser mar­cher sur les pieds. Ensuite il a dû faire maison sur maison à cause du manque de tra­vail, reve­nant trois fois de suite dans la tein­tu­re­rie Vindrey.

 

L’anarchiste

A 18 ans, suite à la lec­ture du livre d’Eugène Sue, Le juif errant et de l’écoute d’une confé­rence de Paule Minck, il laisse com­plè­te­ment tomber la reli­gion. Puis il assiste à une confé­rence donnée à Saint-Chamond, par Charles Chabert, membre de la pre­mière Internationale, et Léonie Rouzade, col­lec­ti­viste, ce qui lui ouvre alors de nou­veaux hori­zons. Il entre dans un cercle d’études socia­les qui se forme dans la ville. Il ren­contre Toussaint Bordat, Faure et d’autres qui l’aident à cla­ri­fier sa pensée. Il prend contact avec Louise Michel. Il lit des quo­ti­diens et des bro­chu­res anar­chis­tes, col­lec­ti­vis­tes, des apo­lo­gies de la com­mune de Paris de 1871. Il opte alors de façon ferme pour l’anar­chie.
Il fait passer des notes à ses amis ouvriers. Il écrit quel­ques chan­sons révo­lu­tion­nai­res, par­ti­cipe à des émeutes. Il a une soif d’appren­dre, et suit des cours du soir de calcul et de chimie. Il tente avec beau­coup de mal de faire des explo­sifs, de la dyna­mite. Il est arrêté une pre­mière fois, pour avoir donné du vitriol, puis relâ­ché. Chez Vindrey, où il tra­vaille avec son frère, François Ravachol est ren­voyé, ainsi que son frère, par son patron en raison de ses opi­nions, ayant appris que c’est un anar­chiste : « il m’avait pris le pain, j’aurais dû lui pren­dre la vie ». A partir de ce moment-là sa répu­ta­tion est faite, et il lui est pra­ti­que­ment impos­si­ble de retrou­ver du tra­vail sur Saint Chamond. Cependant il doit faire vivre à la maison sa mère, son frère, sa sœur et son neveu, qui vient de naître.

 

Mandrin

Pour nour­rir sa famille, il pra­ti­que le bra­connage, le vol de volaille, et avec son frère il récu­père les déchets de char­bons. Ils finis­sent par tous démé­na­ger à Saint Étienne, où là il retrouve du tra­vail ainsi que son frère. Il apprend à jouer de l’accor­déon et il va faire danser les jeunes sté­pha­nois dans les bals du diman­che, car le tra­vail reste très épisodique et on ne voulut pas de lui dans les mines de Saint Étienne.
A la manière du célè­bre Mandrin il devient contre­ban­dier, en trans­por­tant par le tram ou à pied, de l’alcool dans des appa­reils en cahout­chouc qui pren­nent la forme du corps. Il se lie avec une femme mariée, Bénédicte, ce qui lui vaut des rela­tions conflic­tuel­les avec sa mère, qu’il ché­ris­sait aupa­ra­vant. Mais une maî­tresse cela coûte et la contre­bande dimi­nuant, il se fait faus­saire et l’idée du vol en grand lui vînt à l’esprit.
En mai 1891, Ravachol pro­fane la tombe de la baronne de Rochetaillée récem­ment inhu­mée à St Jean Bonnefond dans l’espoir, déçu, de déro­ber quel­ques bijoux, puis il cam­briole la maison d’un riche com­mer­çant sté­pha­nois. Mais c’est l’affaire du meur­tre de l’ermite qui allait défrayer la chro­ni­que.

 

L’ermite étouffé

Jacques Brunet, homme d’église alors âgé de 96 ans vivait en ermite dans le hameau de Notre Dame de Grâce sur la com­mune de Chambles.
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Ermitage dans le hameau Notre Dame de Grâce à Chambles
Une rumeur qui s’avéra exacte disait qu’il pos­sé­dait une petite for­tune cachée dans sa modeste maison. Le 18 Juin 1891 Ravachol lui rend visite en esca­la­dant l’ermi­tage et l’étouffe en lui met­tant un mou­choir dans la gorge, avant de s’empa­rer du magot, estimé à 25.000 francs, caché par­tout dans la maison.
Il revient à Saint Etienne mais sa des­crip­tion est indi­quée par un cocher aux enquê­teurs, car il fait plu­sieurs allers-retours. Le 27 juin il est arrêté non sans mal par le com­mis­saire Teychené, il se met à voci­fé­rer qu’il va « exter­mi­ner toute la police pour rendre ser­vice à l’huma­nité ». Les mains enchai­nées, Ravachol par­vient pour­tant à s’enfuir au détour d’un chemin ! Suite à cette invrai­sem­bla­ble évasion, son signa­le­ment est télé­gra­phié à toutes les poli­ces de France pen­dant qu’il se plan­que tran­quille­ment chez un ami à Saint Étienne dans le quar­tier de Monthieu.
Dans l’his­toire de l’acti­visme anar­chiste, Ravachol reste une réfé­rence, mais le meur­tre de l’ermite de Chambles entâ­che son image et avait déclen­ché à l’époque des débats pas­sion­nés. Dans un mee­ting à Saint Étienne le 28 décem­bre 1891, Sébastien Faure regretta que le meur­tre du vieil ermite par Ravachol jetait la déconsi­dé­ra­tion sur le mou­ve­ment.

 

La fuite chez des amis anarchistes

Peu de temps après, un mes­sage écrit par Ravachol fût retrouvé dans une veste aban­don­née à Lyon à la gare de Perrache. Il annon­çait son désir de mettre fin à ses jours pour « ne pas servir de jouet à la police bour­geoise ».
Quelques jours plus tard, à Saint Etienne, Mme Marcon, 76 ans et sa fille qui tenaient un petit com­merce de quin­caille­rie étaient décou­ver­tes assas­si­nées à coups de mar­teau. Ses crimes rap­pe­lè­rent le double meur­tre à la hache d’Izieux cinq ans plus tôt, les vic­ti­mes étaient Marie-Jean Rivollier et sa ser­vante Françoise Fradel. Les soup­çons se por­tè­rent à nou­veau sur Ravachol, mais il ne reconnut jamais ces crimes qu’on ne peut pas réel­le­ment lui impu­ter.
Le « sui­cidé de Lyon » est bien vivant. Mais alors qu’on veut coller sur le dos de Ravachol d’autres crimes, en fait il s’est réfu­gié en Espagne à Barcelone et vit avec un autre anar­chiste sté­pha­nois, Paul Bernard, condamné par contu­mace à Montbrison. Celui ci passe son temps avec d’autres, notam­ment Scharrini et Hugas soup­çon­nés dans un atten­tat san­glant à Paris, à fabri­quer des bombes. Se sachant menacé par la police espa­gnole, Ravachol rega­gne la France et Paris tandis que cer­tains de ses com­pli­ces dans le recel de l’argent de l’ermite de Chambles sont condam­nés aux tra­vaux forcés.

 

Les attentats parisiens

Ravachol appa­rut à Saint-Denis en juillet 1891. Il se nomme désor­mais Léon Léger et mitonne dans ses « mar­mi­tes » ce qu’il appelle « la mort aux rats pour bour­geois ». Il y a en effet des choses qui le révol­tent, comme la répres­sion des­ti­née aux com­mu­nards, qui dure depuis l’insur­rec­tion de la Commune de Paris de 1871, mais aussi deux évènements : l’affaire de Fourmies et l’affaire de Clichy. Le 1er mai 1891, à Fourmies, une mani­fes­ta­tion se déroule pour obte­nir les jour­nées de tra­vail de huit heures, des affron­te­ments ont lieu, les agents de la Police tirent sur la foule, cela se solde par neuf morts, dont des femmes et des enfants, parmi les mani­fes­tants. Et le même jour, à Clichy, dans un défilé où pren­nent part des anar­chis­tes, des inci­dents graves éclatent, et trois anar­chis­tes, Decamps, Dardare, et Léveillé, sont amenés au com­mis­sa­riat, ils y sont inter­ro­gés, et vio­len­tés avec coups et bles­su­res. Un procès s’ensuit, où ce sont eux trois qui sont accu­sés d’avoir tiré sur des poli­ciers ! Deux des trois anar­chis­tes sont condam­nés à des peines de prison ferme. Cette affaire a beau­coup ébranlé les milieux liber­tai­res.
Pour venger les com­pa­gnons anar­chis­tes condam­nés, Ravachol songe d’abord, avec ses amis, à faire sauter le com­mis­sa­riat de Clichy et le 7 mars 1892, les voilà qui empor­tent une mar­mite char­gée d’une cin­quan­taine de car­tou­ches de dyna­mite et de débris de fer en guise de mitraille ; mais le projet avorte en raison des dif­fi­cultés d’appro­che. Ils déci­dent alors de s’atta­quer, le 11 mars, au conseiller Benoît qui pré­sida les assi­ses lors de la condam­na­tion de Decamps et Dardare. Ce juge Benoît habite au 136, bou­le­vard Saint Germain à Paris. Ravachol dépose la mar­mite au 2e étage et allume la mèche. La pro­jec­tion de mitraille fit d’effrayant rava­ges, mais il n’y eut tou­te­fois qu’un seul blessé.
La police sur les dents finit par arrê­ter Chaumartin et Simon Charles, et d’autres com­pli­ces de Ravachol, le 17 mars. Quant à Ravachol, il put démé­na­ger à temps et alla habi­ter Saint-Mandé. Il répli­que alors le 27 mars en fai­sant sauter l’immeu­ble du sub­sti­tut Bulot, le pro­cu­reur qui avait requis la peine de mort au cours de ce même procès, demeu­rant au 39, rue de Clichy. Ravachol aban­donne sur le palier une valise conte­nant un engin qu’il bourra de 120 car­tou­ches de dyna­mite. Une déto­na­tion effrayante reten­tit et l’immeu­ble fut ravagé jusqu’en ses fon­de­ments. Par mira­cle, il n’y eut que sept bles­sés et des dégâts consi­dé­ra­bles. La presse donne de larges échos de son signa­le­ment, le nom de Ravachol et sa photo sont désor­mais connus de tous.

 

L’arrestation


Or son com­por­te­ment pour le moins en dilet­tante devait causer sa perte. Alors que trois jours plus tard, le 30 mars, il dînait au res­tau­rant Véry, au 24, bou­le­vard Magenta, à Paris, il ne pût s’empê­cher de pro­cla­mer haut et fort son exé­cra­tion de la société… et le garçon de salle, qui l’avait déjà repéré, car il avait mangé ici le jour de l’explo­sion, le dénonce à son patron. La police, aler­tée, arrêta, non sans mal, Ravachol que dix hommes suf­fi­rent à peine à maî­tri­ser.
Jusqu’à sa com­pa­ru­tion devant les assi­ses, soit pen­dant un mois envi­ron, trois ins­pec­teurs le sur­veillè­rent jour et nuit. Ils obser­vè­rent ses faits et gestes, et rédi­gè­rent, au début, des rap­ports en enre­gis­trant toutes ses paro­les. [2]
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Après l’explosion du restaurant Véry
Le 25 avril, alors que Ravachol est sous les ver­rous, c’est le res­tau­rant Véry qui saute. La bombe a fait deux morts dont le patron dénon­cia­teur qui est déchi­queté. « Véryfication » dira Le Père Peinard.
Le 26 avril, pen­dant le procès de celui qui se pro­clame jus­ti­cier de la cause anar­chiste, devant la cour d’assi­ses de Paris, il com­pa­raît en un Palais de jus­tice gardé comme s’il devait sou­te­nir un état de siège. À l’issue des débats, furent seuls condam­nés Simon et Ravachol à qui on infli­gea les tra­vaux forcés à per­pé­tuité.
En atten­dant les chan­son­niers de rue s’en don­nent à cœur joie :





« Il s’appelle Ravachol
Est né à Saint Chamond
Petite ville en somme
Dont il fît le renom
Paris la grande ville
Fût bien vite éprouvée
Avec la dynamite.
Il voulait tout faire sauter… »

 

La guillotine à Montbrison

Ravachol fût trans­féré vers Saint Étienne pour répon­dre de trois autres crimes dont celui de l’ermite. A son arri­vée 500 per­son­nes l’atten­dent, beau­coup l’accla­ment, des dizai­nes de poli­ciers et gen­dar­mes sont pré­sents. Il est ensuite trans­féré vers Montbrison qui est presqu’en état de siège, où se trouve la cour d’assi­ses de la Loire.
Ravachol fut tout autant cou­ra­geux et désin­té­ressé à ce procès de Montbrison qu’à celui de la cour d’assi­ses de Paris. Le 21 juin 1892, s’il a reconnu le meur­tre de l’ermite, des doutes sérieux demeu­rent quant aux meur­tres au mar­teau et à la hache, qu’il nie tota­le­ment, mais, cette fois-ci, à Montbrison, Ravachol est condamné à mort par la cour d’assi­ses. A l’énoncé du ver­dict, Ravachol se contente de dire « Vive l’Anarchie ! ».
Le 11 Juillet 1892, dans sa trente-troi­sième année, Ravachol monte sur l’échafaud en chan­tant. Le cou­pe­ret inter­rompt ses der­niers mots « Vive la rév… »

Epilogue :
Le 9 décem­bre 1893, Auguste Vaillant jette une bombe à Paris, à la Chambre des dépu­tés, pour le venger. Et le 24 juin 1894, c’est Santo Caserio qui poi­gnarde mor­tel­le­ment à Lyon le Président de la République, Sadi Carnot, et le len­de­main sa veuve reçoit une photo de Ravachol et ces mots : « Il est bien vengé… »

P.-S.

Chanson de Renaud : Ravachol
Sources
- Livre de Jean Maitron, Ravachol et les anarchistes, Gallimard, coll. « Folio-Histoire », 1992

Notes

[1] Cette déclaration qui parut dans La Révolte n°40 (1-7 juillet 1892) et Le Père Peinard n°172 du 3-10 juillet 1892, a été reprise par Zanzara athée sur le site Infokiosques.net
[2] C’est ainsi que toute sa biographie, jusqu’à son passage à Lyon où il nous fait croire qu’il s’est suicidé, est rapportée par lui-même. Les paroles-mêmes de Ravachol se retrouvent dans le livre de Maitron.


source : http://rebellyon.info/11-juillet-1892-execution-de.html


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