dimanche 6 novembre 2011

Face à Ennahda, les modernistes tunisiens s’organisent


Battus aux élections par les islamistes d’Ennahda, les "modernistes" de la gauche et du centre en Tunisie tentent de s’organiser, soit au sein de l’exécutif soit dans l’opposition, pour faire "contrepoids" à la nouvelle force dominante, source d’inquiétude pour une partie de la société. Les partis les mieux placés derrière Ennahda au scrutin du 23 octobre, le Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol, ont choisi de composer avec les islamistes et sont engagés dans des tractations pour la formation d’un gouvernement en principe dirigé par l’islamiste Hamadi Jebali.

Il semble impératif aux yeux de ses deux mouvements de gauche de peser sur les décisions gouvernementales à venir et de juguler de l’intérieur les éventuels "dérapages" d’Ennahda, de faire en sorte que son engagement démocratique, maintes fois réaffirmé depuis sa victoire électorale, soit respecté. Ennahda "doit prouver que son discours de tolérance sera concrétisé", a déclaré Mustapha Ben Jaafar, le chef du parti d’Ettakatol, l’un des principaux acteurs des tractations en cours. Pour Mustapha Ben Jafaar, la "vigilance est de mise" et il n’est pas question de "céder sur les acquis sociaux et culturels, ni sur les libertés fondamentales".

Avec Ennahda qui, selon les résultats préliminaires de l’élection, dispose de 91 sièges (sur un total de 217), le CPR (30 sièges) et Ettakatol (21 sièges) sont en passe de constituer une majorité absolue au sein de la nouvelle assemblée constituante. Celle-ci est appelée, dans les prochains jours, à élire le nouveau président de la république par intérim, le premier ministre - qui nommera le gouvernement - et doit ensuite s’atteler à la rédaction de la future constitution. La "politique consensuelle" du CPR et d’Ettakatol suscite de vives critiques auprès d’autres formations qui se refusent, elles, à travailler au côté des islamistes.

Dans un entretien, Ahmed Nejib Chebbi, fondateur du PDP (Parti démocrate progressiste), reproche à ceux qui acceptent de "collaborer" de se laisser "utiliser pour enrober la dragée islamiste". "Nous, nous disons non à cela. Nous ne voulons pas servir de décor" à Ennahda, tranche Ahmed Nejib Chebbi. Le dirigeant du CPR (17 sièges) se dit prêt à former "un groupe d’opposition constructive au sein de la Constituante". "La chose a été soulevée au cours de discussions entre démocrates qui seront en dehors du gouvernement (...), ces discussions vont continuer, nous devons faire contrepoids au nouveau pouvoir et nous préparer à une alternative en cas d’échec du gouvernement", souligne-t-il.

Car, insiste Ahmed Nejib Chebbi, "la façon dont les islamistes se comportent sur le terrain laisse planer un doute sur leurs intentions. Ennahda a un projet à long terme, il veut tout contrôler et diriger les ministères sociaux pour renforcer son assise populaire. Sa base est conservatrice et l’objectif est d’amener la société à se conformer à sa doctrine". "Tel est le projet initial, il n’a jamais été renié", martèle le responsable. Selon le quotidien La Presse, "il y a en ce moment une manière de tester la bonne foi des dirigeants d’Ennahda : c’est de leur demander de mieux contrôler leurs troupes" alors que "les incidents liés au non respect des libertés individuelles" se multiplient depuis plusieurs jours en Tunisie.

Le journal évoque notamment "le harcèlement d’enseignantes et d’étudiantes pour leur tenue vestimentaire à l’université de Tunis ou, dans la région de Jendouba (ouest), la menace d’exclusion d’un collège d’une jeune fille qui ne porte pas le voile". "Il faut qu’Ennahda se prononce clairement sur ces pratiques illégales. Sans quoi il va falloir dire adieu à la paix civile", poursuit La Presse. "D’où, selon le quotidien, la nécessité de s’organiser dès maintenant (...) et de mettre en place une force pacifique d’opposition qui prêche la tolérance et le respect des institutions républicaines. Elle s’impose comme une urgence".

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