mercredi 9 novembre 2011

Ils ne sont pas tous pourris



Mais oui : à Pôle Emploi, il existe de (trop) rares conseillers qui osent tenir tête à des patrons sans scrupule.

Le rôle des conseillers ne se limite pas à recevoir les demandeurs d'emploi et faire ce qu'ils peuvent — c'est-à-dire pas grand chose — face à un chômage endémique. En "back-office", ils ont aussi affaire à des employeurs dont certains, qualifiés de «bouffeurs de primes», sont à l'affût de dispositifs leur permettant de faire travailler des chômeurs à vil prix (comme les contrats aidés…) ou gratuitement (comme les EMTPR…) tout en bénéficiant des aides de Pôle Emploi ou de l'Etat, sans oublier les exonérations de cotisations sociales. Ces employeurs sont souvent désagréables : ils se plaignent sans cesse de leur difficulté à trouver du personnel (comprenez, les chômeurs sont des fainéants qui ne veulent pas travailler), incriminant l'inefficience du service public de l'emploi alors que ces "assistés" qui s'ignorent sont bien contents de passer par lui pour profiter des aides existantes !

Les conseillers gèrent aussi les offres et le recrutement. D'un côté, ils assurent la réception, le contrôle et la saisie des annonces plus ou moins merdiques que les entreprises leur adressent : en cas d'informations incomplètes ou erronées, ils doivent contacter l'employeur pour rectifier le tir. De l'autre, ils assurent le service demandé par les entreprises ayant choisi de confier à Pôle Emploi la pré-sélection des candidatures, vérifiant que les CV qu'ils vont retenir répondent bien aux critères du/des poste(s) à pourvoir.

Hélas, avec la pression du chiffre, le manque de temps et — il faut le dire — la lassitude, il est vrai que la conformité de certaines offres publiées laisse parfois à désirer, ou que le pré-tri des candidatures soit bâclé. Mais il existe des conseillers qui tentent de remonter le niveau, pensent avant tout aux chômeurs et, quand ils tombent sur un employeur sans scrupule, ne se gênent pas pour lui dire ses quatre vérités ou même le sanctionner.

Par exemple, prenons celui qui s'étonne que son offre n'attire personne (c'est bien connu, les chômeurs sont des fainéants qui ne veulent pas travailler) et appelle Pôle Emploi pour s'en plaindre. Ainsi, une conseillère nous avoue qu'à chaque fois qu'elle tombe sur ce genre d'individu — qui sont légion —, elle n'hésite pas à le mettre au pied du mur. «Et même si ça ne donne rien, ça me défoule. Une fois, j'ai expliqué à un type qui cherchait des commerciaux à temps partiel payés au Smic pour vendre des panneaux solaires que je comprenais tout à fait que personne ne lui réponde, car non seulement il proposait un salaire de misère, mais il n'y a pas pire que le temps partiel pour quelqu'un qui cherche un temps plein (les horaires sont souvent incompatibles avec un autre temps partiel). Il n'avait pas aimé.»

Puis elle nous raconte qu'un jour, travaillant en "zone technique", elle a vu sa collègue d'en face, qui était au téléphone avec un employeur lui énumérant ses exigences sur un poste à pourvoir, faire les gros yeux et bouger le bras comme pour dire «Allez vas-y, et encore ça, et encore ça». Et tout d'un coup l'entendre répondre à son interlocuteur : «Monsieur, soyons sérieux, vous ne voudriez pas qu'en plus elle vous prépare le café... Monsieur, nous ne sommes plus au Moyen-Âge !» A l'autre bout du fil, une entreprise qui cherchait une secrétaire trilingue anglais/allemand mais avec si possible de bonnes bases en espagnol, bac+2, hyper expérimentée, pack bureautique, SAP, disponible de suite, si possible sans enfants, etc, etc… pour la modique somme de 1.500 € brut. Cette conseillère a renégocié toute l'offre et réussi à faire remonter le salaire à 2.000 €, puis elle a assuré le recrutement et déniché la perle rare pour une embauche en CDI.

D'autres font preuve de vigilance et de justice : ils tiennent compte des doléances des chômeurs qui se sont fait avoir et n'hésitent pas à mettre un terme aux agissements abusifs d'employeurs qui, outre profiter d'une main d'œuvre jetable exploitée "à la chaîne" via des dispositifs successifs, dilapident les aides publiques. Ceux-là finissent sur une liste noire.

Certes, ces conseillers et conseillères modèle, qui ne harcèlent pas les chômeurs et envoient les mauvais patrons sur les roses, sont comme des fleurs dans le désert. Mais il en reste encore quelques-un(e)s à Pôle Emploi et leur sens de l'éthique, ainsi que leur résistance à un système inique et corrompu, méritent d'être soulignés.

SH

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